Quand le confinement nous fait revenir à l’oralité…


26 mars 2020

Depuis plus d’une semaine maintenant, nous sommes tous – ou presque – confinés dans nos quartiers. Alors certes, nous nous déchaînons sur les réseaux sociaux, nous enchaînons les vidéos de concerts live "depuis la salle de bain" ou de voyages au Pôle Nord, nous pouvons rythmer nos journées aux sons caliente de CAPSAO, mais nous ne pouvons nier qu’il nous manque quelque chose… Le contact humain, évidemment, le fait de voir d’autres personnes que nos co-confinés…

Si une parade a pu être trouvée avec les Apéros-Skype, entre autres, lors desquels nous pouvons à nouveau voir et échanger avec nos parents et nos amis, on constate aussi que jamais nous n’avons pris autant de plaisir à faire fumer le téléphone pour prendre des nouvelles et en donner, obtenir un contact oral direct et matériel avec nos interlocuteurs plus encore que leur image.

Car il est vrai que notre univers d’isolement, même si l’on inonde les pièces de musique ou des sons de séries télé, se caractérise surtout par le silence. Que l’on vive en ville ou à la campagne, il a pris les rênes de la bande originale de notre vie de confiné : plus de trafic urbain, pas ou peu d’éclats de voix des voisins, pas même la musique de fond d’un axe autoroutier ou les discussions animées en bas de l’immeuble. Même les pérégrinations dans les supermarchés se font fissa et avec une économie de mots où transpirent quand même la peur et l’inquiétude… nos tentatives de prises de contact étant souvent vouées à l’échec et ne recevant au passage qu’un hochement de tête incertain et un sourire gêné (parfois caché derrière un masque). Heureusement que les applaudissements de 20h en hommage aux personnels de santé et les initiatives balconesques de DJ solidaires (sensiblement aux mêmes heures) apportent un petit coup de jus extérieur bienfaisant au climax sonore de la journée…  

Bref, le silence est d’or, ça nous effraie et l’oralité avec nos proches nous manque !

Vraisemblablement, outre les très prisés Apéros-Skype, les portables n’ont jamais autant chauffé que depuis presque deux semaines. On appelle nos proches pour prendre des nouvelles, pour (se) rassurer… « Plus que d’habitude ? » me demanderez-vous ? Oui sans doute. Déjà parce que nous avons le temps devant nous. Le temps de s’inquiéter des nôtres, de celles et ceux) qui l’on tient. Le « trop de temps » est le premier à nous rappeler que la voix de ceux qu’on aime nous manque. Comme le dit très justement Annaïck Le Bouëdec, chercheuse en Sciences de l’information et de la communication : « Dans le quotidien sans confinement, on est très pressé et on se tourne vers une consommation efficace de la conversation, persuadé qu’en traitant par écrit, on va gagner du temps. A l’oral, il y a un tout un combiné social, plein de règles de communication et de politesse qui entourent le message. » Le temps nous porte donc vers un retour au désir de règles sociales : « On recherche à nouveau ce conditionnement social qu’on trouvait jadis chronophage ».

 Et c’est par envie d’un retour dans la société et ses règles qu’on ressent ce besoin d’échange oral, plus que le plaisir solitaire de regarder pour la énième fois la scène préférée de notre film pourtant fétiche. Le retour à l’oralité nous ramène au cœur de la société, on n’est donc plus seul tout en ayant conscience aussi de décloisonner notre interlocuteur. N’oublions pas que, si l’écriture a permis de saisir l’Histoire, l’oralité ne l’avait pas attendue, dès les pas hésitants de l’Humanité, pour qu’il y ait transmission du savoir et de l’empirisme. C’est l’oralité qui tient lieu de ciment dans notre société, et l’expérience que nous vivons n’en est que le plus clair exemple, bien que dotés d’outils tels que Facebook, WhatsApp ou autres…

Car si nous pouvons sans conteste continuer de communiquer par l’écrit, que ce soit par SMS, mails ou messages, les mots y restent plats et désincarnés, sans la chaleur que la voix et les émotions qui la portent transmettent communément. Timbre de voix, intonation, débit de parole, mimiques, tics de langage, sont autant de spécificités propres à chaque individu que sa voix en est pour le coup unique. On dit souvent que les mots écrits peuvent être mal reçus ou mal compris, alors que la voix reste limpide dans son expression.

La personnalité de chacun transparaît dans sa voix, par son authenticité, sa spontanéité, son humanité. Comme le traduit parfaitement la linguiste Laurence Brunet-Hunault, « Par message on peut donner une version de soi-même. Pas par oral. On est en immédiateté de réponse, avec un retour d’échange direct, on n’a plus le temps de construire ces faux-semblants ».

C'est donc cette recherche d'authenticité et d'humanité que l'on recherche dans la voix de l'Autre, en cette période exceptionnelle qui devrait pourtant nous couper la chique.

Bon courage à tous, patience, restez à l’abri et… n’hésitez à parler outrageusement au téléphone, le temps vous le permet !

Source : 20minutes.fr

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