Costa Rica : une communauté de femmes montre la voie grâce au café !


27 novembre 2019 - 235 vues

On parle souvent du Costa Rica, ce tout petit état d'Amérique Centrale, pour louer le fait qu'il soit l'un des pays les plus verts, les plus écolos, les plus heureux qui soient sur notre planète, tout en accroissant chaque année son attractivité touristique.

L'élan autour du Costa Rica doit sans doute beaucoup à son peuple et à ses engagements, et l'histoire de la petite communauté résiliente de Biolley, au sud du pays, en bordure du parc national de La Amistad, dans les montagnes de la région de Buenos Aires, en est un parfait exemple... Ou comment le café est devenu un outil de développement social, d'émancipation et de résistance locale.

La petite communauté de Biolley compte donc 2 500 habitants qui vivent des activités agricoles de subsistance comme la production du café, l'élevage, l'arboriculture ou l'agriculture. C'est dans ce cadre plutôt paisible que 19 femmes, désirant dépasser l'étiquette de femmes au foyer et tordre le cou aux préjugés d'une société machiste, ont décidé en 1997 de prendre leur destin en main et de créer une coopérative intégralement féminine de production de café ! Asomobi (Asociación de mujeres organizadas de Biolley) était née ! Sans argent et sans formation, elles sont parvenues à convaincre au-delà de leur communauté pour obtenir l'aide financière et technique vitale au développement du projet : collecter chez Asamobi les meilleurs grains de tous les producteurs locaux, les transformer grâce à des technologies nouvelles en un café de grande qualité et le commercialiser à l'international sous la marque de café coopératif Cerro Biolley !

Si, dans un premier temps, Asomobi s'est attiré les quolibets des hommes de la communauté, elle a peu à peu gagné leur respect : "Au début, quand les femmes ont lancé ce projet, nos époux ne voulaient pas nous soutenir" explique Kattya Serracín Loría, la présidente de l'association, "Les hommes ont déclaré qu'ils ne pourraient pas travailler avec nous. Et puis, le temps a passé, on a développé de nombreux projets. On a vu alors qu'on a commencé à les impressionner et ils ont décidé de nous soutenir". Soutenir et participer, c'est le cas aujourd'hui avec de nombreux fils, cousins, maris et voisins qui travaillent pour l'association. Mais diriger certainement pas ! Asamobi est une affaire de femmes et elles seules ont accès aux postes de "dirigeantes" ! Et les hommes de Biolley ne s'en plaignent finalement pas, eux qui reconnaissent unanimement l'expertise et l'enthousiasme entrepreneurial insufflé par les femmes, voire leur capacité à développer encore la production du café dans la région.

"Ce qu'on fait ici est un message pour le monde et pour notre propre famille ! Nous avons montré que les femmes peuvent faire quelque chose d'elles-mêmes et entreprendre de grandes choses" dit Laura Quirós Montoya, l'une des pionnières de l'association en charge des tables de sèchage des grains de café. "Autrefois, nous avions une faible estime de nous-mêmes. Ce projet a tout changé en termes de confiance en nous. Nous savons désormais que si nous avons des rêves, nous pouvons aussi les réaliser. Cela, nous l'avons transmis à nos filles !"

Aujourd'hui, 20 ans après sa création, Asomobi est animée par 37 femmes qui, non contentes d'avoir fait du café de Biolley un instrument de développement social et d'insertion, respectueux de l'environnement, en ont fait aussi un outil de lutte contre le géant américain Del Monte qui cultive de manière intensive et agressive (déforestation, appauvrissement des sols et usage permanent des pesticides) des milliers d'hectares de champs d'ananas dans la vallée, resserrant toujours un peu plus son étreinte autour de la petite montagne de Biolley, dernière poche de résistance : "C'est dur pour nous, ils polluent l'air et les sols, alors que notre entreprise se veut durable. Le message qu'ils véhiculent, c'est qu'avec beaucoup d'argent, on peut faire ce qu'on veut, même salir l'environnement.[...] Cela affecte forcément notre environnement, leurs plantations sont très proches. Ils sont très puissants et nous tout petits, mais nous espérons qu'ils ne s'approcheront pas plus de notre montagne et de notre nature" déclare encore Kattya.

Un combat qui semble déséquilibré, mais ce serait sans doute préjuger de la volonté et de la force de ces 37 femmes qui ont fait leur révolution dans l'union, l'entraide et la force collective.

Source : mrmondialisation

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